Le 17 Novembre 1989 sur un coup de tête nous décidons de prendre la route le soir même direction Berlin !
Par Dereix - Kislig le samedi 14 novembre 2009, 16:13 - ACTUALITE - Lien permanent
Texte de Rémy - Le 3 octobre 1990 la frontière entre les deux Allemagnes disparaissait complètement. Le 17 Novembre 1989 sur un coup de tête avec Jérome , nous décidons de prendre la route le soir même ...direction Berlin. Nous voulions vivre de près l'événement qui secouait la planète depuis le 9 Novembre. Nous avons roulé toute la nuit , nous relayant. Nous étions comme des fous quand nous avons doublé nos premières Trabant sur les autoroutes ouest allemandes. Depuis le 9 novembre 1989 les Allemands de l'Est avaient obtenus le droit de passer à l'Ouest sans autorisation préalable.. le 9 Novembre 1989 , le Mur avait commencé à se lézarder. ...
Berlin-ouest était euphorique.Il y avait du monde partout et une ambiance très bon enfant entre les Allemands de l'Ouest , les Allemands de l'Est et les milliers d'Européens venus comme nous , des 4 coins du continent, fêter la fin d'un monde. Nous avons immédiatement longé le mur sur des kilomètres à pied.. Puis nous nous sommes mis en quête d'un marteau. Nous voulions casser ce mur et tous les symboles qu'il représentait. Les magasins de bricolage était en rupture total de marteaux et de burins , mais après deux heures de recherche nous avons finalement trouvé ce qu'il nous fallait. Pendant de très longs moments nous avons cassé du mur , des dizaines de morceaux que nous avons soigneusement récupérés. Nous cherchions des morceaux tagués , de toutes les couleurs.... Nous nous sommes acharnés sous les objectifs de photographes amateurs et professionnels . Nous étions les Pics vert du Mur de Berlin.
Nous avons passé un long moment à Potsdamer Platz , réouvert depuis le 12 Novembre. Ce no man's land lugubre avait été jadis un coin animé et le coeur de la ville toute entière. A pied ou en Trabant les Berlinois de l'Est, rejoint depuis peu par tous les Allemands de l'Est, faisaient tous un pélerinage dans ce coin et passaient à l'ouest pour la journée , le sourire aux lèvres . Pour les acceuillir , l'armée Ouest- Allemande avait installé de grandes buvettes avec de grandes banderolles " Wilkommen , TEE + KAFFE GRATIS" . De nombreuses associations et les autorités de l'Ouest avaient aussi installé de grands containers et des camionettes pleines de colis à l'attention des gens de l'Est. Ceux ci faisaient la queue , très disciplinés , afin de repartir les bras chargés de victuailles et de produits comme du savon , du parfum et des piles !!!. De longues queues d'Allmemands de l'Est se formaient devant certains magasins de Berlin Ouest. Devant l'affut de clients de l'Est , certains magasins avaient baissé leurs prix comme signe de bienvenue . Nous passerons un long moment chez "Monsieur Albert" , un grand magasin de vétement à la mode sur le Kurfürrstendamm. Les Allemands de l'Est étaient reconnaissable à leur casquette noir à visière et pour certains leur béret; ainsi que leur vieilles vestes en cuir ou daim grises et sombres. Il fallait voir leur joie dans les rayons de Monsieur Albert !!!
A 20h nous sommes passés à l'Est , à Charlie Check Point, en voiture. Le poste frontière était noir de monde. Chaque voiture Trabant de l'Est qui passait à l'Ouest était ovationnée par une foule compact qui se pressait le long des corridors de circulation. L'excitation était à son comble quand nous avons présentées nos papiers aux Vopos...excitation mêlée de crainte et d'angoisse , notre autorisation expirant impérativement à minuit pour ressortir . Nous avons dû changer 25 marks de l'ouest à un taux de 1 pour 1 contre des marks de l'est. Le contraste était saisissant entre la liesse côté ouest et le silence de l'obscurité côté est. Nous avons roulé longtemps dans tout Berlin Est , perdant complètement la notion du temps qui passe et de l'espace dans lequel nous étions. Nous avons fait exprès de nous perdre. Nous sommes arrivés sur le côté Est de la porte de Brandebourg . Nous apercevions côté Ouest les lumières des projecteurs des télés internationales , nous devinions le son de la musique des concerts et les clameurs de la foule . Berlin-ouest était en fête depuis le 10 Novembre. Les rues étaient désertes , tristes . Les commerces absents. Nous nous sommes mis en quête de qqchose à manger. Le seul restaurant que nous avons trouvé ouvert était complet.Aucune enseigne dehors , juste une vitrine et de longs rideaux. Il n'y avait que 7 tables dans une immense salle de plus de 200 mètres carré , un éclairage blafard et une ambiance de cimetière !!!. A 23h 30 nous décidons de ressortir de Berlin- Est. Les Vopos nous ont refoulés d'un premier check point ,dont je ne me rappelle pas le nom, sous pretexte que nous devions ressortir là où nous étions rentrés, à Check Point Charlie. Ce que nous n'avions pas prévu c'est qu'aucun panneau de signalisation nous indiquerait la sortie.
Pourquoi mettre des panneaux pour une sortie que nul n'avait le droit d'emprunter ?...notre seul point de repaire dans cette ville sans signalisations était l'immense Tour de la Télévision de la R.D.A. ..........pris de panique nous avons tournés en voiture longtemps dans Berlin Est. Perdus nous étions . C'est à 1h30 que nous nous sommes présentés au check point Charlie. Nous imaginions dèja finir dans les geôles communistes . Nous imaginions aussi devoir donner , de la main à la main , aux Vopos, une grosse somme d'argent pour pouvoir passer. Il n'en fut rien. Nous retournions à l'Ouest sans aucun problème . Dans l'autre sens des dizaines d'Allemends de l'Est rentraient chez eux à pied , les sacs remplis ou au volant de Trabant grises , le sourire au lèvre. Nous avons continué à casser du mur toute la nuit , nous avons sympathisé avec des gens venant de toute l'Europe et des milliers d'Allemands de l'Est , venus vivre le plus gros boulversement de l'histoire mondiale en direct , en live. Au petit matin du 19 novembre nous avons repris la route , des morceaux de mur plein les poches et les sacs. Le 3 octobre 1990 la frontière entre les deux Allemagnes disparaissait complètement.

